La lueur de la nuit

« OM », LE SON SACRÉ SUR LE TOIT D’UN IMMEUBLE

Philosophie de l’art et perception Texte : André Wagner
La pose longue révèle une autre nature des choses.
Berliner Dom V, 2011, 60 x 180 cm, édition de 5 exemplaires

Berliner Dom V, 2011, 60 x 180 cm, édition de 5 exemplaires

La lueur de la nuit

J’essaie de donner un sens nouveau aux lieux en les photographiant avec des poses de plusieurs heures.

Combien de temps ai-je pu rester là-haut ? Trois heures ? La moitié de la nuit ? Quoi qu’il en soit, j’ai pris tout mon temps au-dessus des toits de la capitale pour réaliser mon panorama « Berliner Dom V » (ci-dessus), afin de saisir précisément le temps. Je le fais souvent. Contrairement, par exemple, à un photographe animalier, je n’attends pas l’instant parfait ou qu’un élément bouge devant l’appareil : j’introduis moi-même le mouvement dans l’image. Et cela prend du temps.

En photographiant mes sujets en pose longue, je porte la lumière — et avec elle, le mouvement — dans l’obscurité de mes espaces photographiques et de mes paysages, urbains ou non. C’est une lumière plus mystérieuse ; Berlin devient vraiment colorée la nuit.

 La pose longue me fait découvrir une autre nature des choses. L’historienne de l’art Wibke von Bonin a écrit sur mes photographies dans la préface de mon livre « Visions of Time », sous le titre « Magier des Lichts » — magicien de la lumière.

Les autres photographies présentées ici proviennent également de ce livre.

L’image verticale à droite, qui montre une femme méditant sur un toit au cœur de New York, s’intitule « Coming down ».

Bien que les lumières du Chrysler Building et des fenêtres des gratte-ciel soient presque éblouissantes, la photographie dégage une grande tranquillité.

La deuxième image en partant du haut, « Treptower Park », déborde au contraire d’énergie. On dirait que l’arbre est en flammes. Quant à l’arbre de « Comeback », tout en bas, son halo de lumière verte le fait paraître appartenir à une forêt enchantée.

Pour moi, la photographie a beaucoup à voir avec la peinture. Photographier, c’est dessiner avec la lumière, comme sur une feuille de papier sur laquelle on peint ses visions. La nuit est comme une feuille blanche, mais sombre, et je dessine dessus.

Treptower Park, 2004, 60 x 90 cm, édition de 5 exemplaires

Treptower Park, 2004, 60 x 90 cm, édition de 5 exemplaires

Coming Down, 2010, 138 x 108 cm, édition de 3 exemplaires

Coming Down, 2010, 138 x 108 cm, édition de 3 exemplaires

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